Historique de Metaberoutin et Wabmachis

Village Algonquin de Trois-Rivières (3)
Avant l'arrivée des Européens, le site de l'actuel village de Yamachiche (Wabmachis) était l'un des divers lieux-dits où des familles algonquines nomades se regroupaient généralement le printemps. D'autres se réunissaient à Pointe-du-Lac (Tomaqua), à Shawinigan (Achawinigan), à Maskinongé (Maskinojé), au Cap-de-la-Madeleine, à l'Assomption, à Nicolet, à Batiscan (Batisquan), à Louiseville, etc. Mais il semble que c'est à Métabéroutin («la décharge des vents», selon l'historien B. Sulte (1)), situé à l'embouchure du Saint-Maurice, que se tenait le rendez-vous printanier le plus important de cet ensemble de familles que nous appelons ici les Algonquins de Trois-Rivières.
On comprendra que plusieurs commerçants européens aient fréquenté ce lieu pour la fourrure, suite au passage de Jacques Cartier en 1536. De 1610 jusqu'à son décès vers 1629, Batisquan, un des chefs de ce groupe algonquin, sera un des principaux interlocuteurs de Samuel de Champlain, qu'il tentera d'attirer vers Trois-Rivières; dès 1617, on y signale la présence de missionnaires récollets et de marchands. Les autorités coloniales françaises y érigèrent un fort en 1634.
Au moment de la fondation de Montréal (1642), un autre de leurs chefs, Piescaret, se tenait assez souvent à Wabmachis. Quelques décennies très difficiles commençaient alors pour ces Algonquins. La rumeur de la prochaine fondation de Montréal, par un groupe d'intérêt plus ou moins hostile aux autorités coloniales en place à Québec et à Trois-Rivières, représentait une occasion intéressante pour Tessouat, chef algonquin de l'île Morisson alors en quête d'alliance avec des Français. Pour sa part, Piescaret restait encore l'allié du gouverneur de Trois-Rivières. Mais si Montmagny, le patron de ce dernier, décidait de s'allier avec les Iroquois pour éliminer Ville-Marie, comme certains le craignaient, Tessouat et Piescaret risquaient de se retrouver dans des camps opposés!
D'où la tenue, à cette époque, de plusieurs rencontres algonquines à Trois-Rivières, où les divers aspects de cette situation furent longuement soupesés. Montréal fut créé. Montmagny perdit son emploi. Les Montréalistes n'avaient plus besoin de Tessouat. Armés par les Hollandais, les Mohawks lancèrent des attaques tout azimut contre les Français et leurs alliés (Hurons et Algonquins). Voici ce qu'on peut lire au sujet des conséquence ce conflit pour les Algonquins dans le Handbook of American Indians North of Mexico paru en deux étapes (1907 et 1910) :
" The latter [les Iroquois], however, afterward procured firearms and soon forced the Algonkin to abandon the St Lawrence region. Some of the bands on Ottawa r. fled W. to Ma ckinaw and into Michigan, were they consolidated and became known under the modern name of Ottawa. The others fled to the N. and E., beyond reach of the Iroquois, but gradually found their way back and reoccupied the country. Their chief gathering place and mission station was at Three Rivers, in Quebec . […]. As late as 1894 the Dept. of Indian Affairs included as Algonquin also 1,679 «stragglers» in Pontiac, Ottawa co., Champlain, and St Maurice in Quebec, but these are omitted from subsequent reports. […]. Following are the Algonkin villages, so far as they are known to have been recorded : Cape Magdalen, Egan, Hartwell, Isle aux Tourtes (Kichesipirini and Nipissing), Rouge River, Tangouaen (Algonkin and Huron) (2) [mes caractères gras] ". |
Ce «Handbook» américain de 1907-1910 a beaucoup inspiré le Indian Tribes of North America dirigé par John R. Swanton, et publié en 1952 sous la forme de bulletin par le Bureau of American Ethnology. Cette publication récente a cependant omis les passages mis en relief dans la précédente citation.
La tempête iroquoise diminua dans la seconde partie du XVIIe siècle, et, comme l'indique la citation précédente, les Algonquins de Trois-Rivières regagnèrent peu à peu leur territoire. Plusieurs se sont retrouvés à Yamachiche (Petite mission de la Rivière-du-Loup) à la fin du XVIIe siècle. Certains de leurs descendants y vivent encore aujourd'hui, en compagnie de ceux des Micmacs en fuite, venus se joindre à eux lors du Grand Dérangement. D'autres se sont retrouvés à Pointe-du-Lac ou à Trois-Rivières. La tendance générale était de se marier à l'intérieur du grand groupe, dont la descendance se retrouve aujourd'hui dans les familles : Guillemette, Milette, Boisvert, Hubert, Noël, Lord, Girard, Grenier, Blais, Comeau, Duplessis, Gélinas, etc. Sans nier le phénomène du métissage, on doit savoir que certains de ces patronymes étaient ceux de propriétaires d'esclaves indiens de la région de Trois-Rivières. On sait que l'esclavage a débuté en Nouvelle-France, vers la fin du XVIIe siècle, avant même de devenir une institution légale en 1709. Au début du XVIIIe siècle, un de leur chef était Nicolas Lanitouy dont les membres de plusieurs des familles ci-dessus mentionnées sont les descendants.
Mais à la fin du XIXe, pour les autorités canadiennes, les Indiens de Trois-Rivières disparaissaient de l'Histoire; ils étaient devenus une bande de «stragglers».
Rémi Savard
Anthropologue
Bureau of American Ethnology
Handbook of American Indians North of Mexico. Part I (1907), Part II (1221).
Malchelosse, Benjamin (Compilées, annotés et publiées par) «Trois-Rivières d'autrefois». Troisième série. «La rivière des Trois-Rivières». Études éparses et inédites de Benjamin Sulte. Mélanges historiques . Volume 20. Montréal, Éditions Edouard Garand. 1933.Swanton, John R. The Indian Tribe sof North America . Bureau of Americaan Ethnology, bulletin 145. Washington : Smithsonian Institution Press. Fourth printing 1984 (First printing 1952). Washington.
1. Malchosse 1933 : 14. Retour au texte
2. Un des appendices du dixième rapport de la Commission géographique du Canada, pour l'année 1912, contient les informations concernant les Indiens du Canada, tirées du Handbook of American Indians North of Mexico . La préparation de cet ouvrage américain débuta en 1873 et dura 37 ans. En 1913, cet appendice était publié à Ottawa par l'Imprimeur du Roi sous le titre Handook of Indians of Canada.. Retour au texte
3. Political Magazine, No-104, p. 129. époque 1780-1791. Map of the Province of Canada in North America from the latest and best authorities. Political Magazine, London, J. Bew, 1782; 1 carte ; Collection numérique © Bibliothèque nationale du Québec : No G 3400 1782 P6, 26 x 34 cm. Retour à la carte
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